La perspective d’une réouverture du procès pour diffamation opposant Ousmane Sonko à Mame Mbaye Niang suscite un débat juridique et politique au Sénégal, après que la ministre de la Justice, Yassine Fall, a évoqué cette éventualité lors du débat budgétaire à l’Assemblée nationale.
La procédure de révision d’un jugement est strictement encadrée par la loi, et ne peut être engagée que dans des circonstances bien définies, notamment la découverte d’un fait nouveau ou d’une pièce inconnue au moment du procès initial, susceptible de remettre en cause la culpabilité établie. Dans cette hypothèse, seul le ministre de la Justice est habilité à déclencher la procédure.
Dans l’affaire Sonko–Niang, l’ancien leader de l’opposition, aujourd’hui Premier ministre, avait été condamné à six mois de prison avec sursis pour diffamation, une décision confirmée par la Cour suprême en 2025. Cette condamnation, assortie de 200 millions de francs CFA de dommages et intérêts, avait eu des conséquences politiques importantes, notamment sur sa participation à la présidentielle de 2024.
Pour certains juristes, comme Me El Amath Thiam, une révision éventuelle représente une opportunité pour Sonko d’obtenir une réhabilitation judiciaire, clarifiant ainsi son avenir politique en vue notamment de l’élection présidentielle de 2029. Toutefois, l’avocat souligne que si la Cour suprême juge le « fait nouveau » insuffisant, la demande de révision sera rejetée, consolidant ainsi la décision antérieure.
Au-delà du volet pénal, une révision aurait des conséquences civiles directes pour Mame Mbaye Niang : en cas d’annulation de la condamnation, les 200 millions de francs CFA de dommages et intérêts pourraient être remis en cause, forçant l’ancien ministre à défendre à nouveau son dossier.
Un autre paramètre juridique évoqué par certains experts est la loi d’amnistie adoptée en 2024, qui efface certains faits survenus entre 2021 et 2024 dans un contexte politique et pourrait, selon l’analyse de juristes, obérer la compétence de la Cour suprême à statuer sur des faits juridiquement effacés.
Cette éventuelle révision plonge le débat au cœur d’une intersection complexe entre justice, droit et enjeux politiques, suscitant autant l’intérêt des spécialistes que des observateurs de la vie publique sénégalaise.







